À la découverte de Courbet, ailleurs !

Fresque murale, Franck Bouroullec, 2019
Hommage, Ville de La Tour de Peilz

Courbet à Grenoble

Le musée des Beaux-Arts de Grenoble possède 2 tableaux de Courbet.

Un premier tableau…

Paysage sous la neige – Vers 1867 – Huile sur toile
Ce tableau appartient au Musées Nationaux Récupérations (MNR)

Historique

Le tableau est acheté (comme « Paysage hivernal », Dim. 0,73 ; 1,00 m, de Courbet) à la galerie Gérard pour 300 000 F et il entre dans la collection du ministre des Affaires étrangères du Reich, Joachim von Ribbentrop sous le numéro 14.
Il est découvert à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le dépôt de A. Th. Paulsen et Cie, à Hambourg.
Le tableau est attribué au musée du Louvre (département des Peintures) en 1950 ; puis il est déposé au musée des Beaux-Arts de Grenoble en 1976.
Le tableau est confié à la garde du musée d’Orsay en 1986

Entre 1935 et 1945, la domination du régime nazi en Allemagne et dans les territoires occupés s’accompagne d’une politique systématique de spoliation des oeuvres d’art. Elle passe par des confiscations ou des ventes forcées et touche tout particulièrement les juifs. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce sont des milliers de peintures, sculptures, objets d’art et livres précieux qui sont retrouvés en Allemagne, dans les collections privées des dirigeants du Reich, sur les cimaises des musées ou stockées dans des mines. Plus de 60 000 oeuvres sont finalement renvoyées en France. La plupart d’entre elles ont pu être assez rapidement restituées à leur propriétaire. Une autre partie a été vendue par l’administration des domaines entre 1950 et 1953. Le reste, environ 2 000, a été confié à la garde des Musées nationaux. On désigne les oeuvres par le sigle MNR (Musées Nationaux Récupération).

Juridiquement, les MNR n’appartiennent ni aux musées nationaux ni aux musées territoriaux où ils ont été déposés. Ils les conservent dans l’attente d’une restitution aux éventuels ayants droit en faisant la demande.

Voici ce qu’en dit Valérie LAGIER, conservateur en chef (2014)

Originaire de Franche-Comté, Courbet devient à la fin des années 1840 le chef de file du mouvement réaliste. Ses peintures, aux sujets tirés de la réalité sociale de son temps, traitées sans concession dans des tonalités sombres et une touche épaisse, lui valent au Salon un succès de scandale. Ses nus féminins aux formes généreuses et dans des poses lascives, ses trognes de paysans franc-comtois saisis dans leurs activités quotidiennes ou ses portraits intimistes et pleins de vérité font souvent oublier que Courbet est un merveilleux paysagiste. Les paysages occupent pourtant plus des deux tiers de sa production. « Son grand apport, c’est l’entrée lyrique de la nature, de l’odeur des feuilles mouillées, des parois moussues de la forêt » disait Cézanne. Si l’on excepte les vagues et bords de mer qui
sont empruntés aux côtes normande et méditerranéenne, les paysages de Courbet sont issus d’un territoire qu’il connaît bien : la vallée de la Loue, entre Salins et Pontarlier, dans sa Franche-Comté natale. C’est un coin de ce pays sauvage, désolé et vierge de toute présence humaine, où les roches, les arbres et la neige effacent leurs contours pour mieux fusionner, que Courbet a saisi dans ce tableau qui appartient à une nombreuse série de toiles sur le même sujet réalisées durant l’hiver 1866-1867. Le ciel jette un voile de tristesse sur l’ensemble, noyé dans une harmonie de noirs, de bruns et de bleus. Un buisson au centre apporte juste une tache de roux clair dans cet univers glacé. Les couleurs, posées au couteau à palette que l’artiste manie avec une rare science, sont comme maçonnées
et donnent une impression de relief à la peinture. Ce sont les ombres plus que le scintillement du manteau neigeux qui intéressent Courbet, comme nous le rapporte Castagnary : « Regardez l’ombre dans la neige, comme elle est bleue… Voilà ce que les faiseurs de neige en chambre ne savent pas. ».

Un second tableau…

Cascade sous bois – Vers 1863-1865 – Huile sur toile – Dim. avec cadre 64.5 x 56 cm